30 mai 2008

Un tour de l’Atlantique jusqu'en Casamance

Ce n’est pas pour rien que nous avions choisi cette région du sud du Sénégal, séparée du reste du pays par la Gambie, route obligatoire pour rejoindre Dakar au temps où le ferry ne fonctionnait plus après le naufrage du Joola.
En effet, cette région qui entoure le fleuve Casamance est peuplée par les diolas principalement, cultivateurs de riz pendant la saison des pluies, qui partent pour certains, chercher du travail en ville pendant le reste de l’année. Ils sont accueillants et d’une gentillesse incroyable. Ils disent souvent « le gouvernement nous a oublié » et ne ressemblent en rien aux rebelles indépendantistes coupeurs de tête.

En route pour la Casamance :
Nous quittons Dionouar et le fleuve Saloum au petit matin avec la marée. Un premier banc nous surprend à la sortie de Dionouar où nous avançons au moteur avec 0 cm de fond au sondeur et des petites vagues qui nous laisseront finalement avancer jusqu’à la passe d’entrée de Djifer, où tout se déroule dans les règles.
Au niveau administratif, nous sommes également en règle, et heureusement, car à 5 miles des côtes, une pirogue nous arrête : ce sont des douaniers qui doivent présenter leur carte devant notre mine étonnée, car rien ne les distingue des pêcheurs que nous rencontrons habituellement : pirogue bariolée, cirés, brasero... Deux agents montent à bord, pour vérifier nos papiers et notre chargement, c’est vite fait, leur départ nous soulage bien.
Les dauphins nous accompagnent pendant cette navigation. Au matin, nous voici en vue des premières bouées de la passe d’entrée. Nous suivons le parcours sans embrouilles et passons Djogué avec la marée montante, des dauphins noirs remontent le fleuve avec nous. Nous posons l’ancre à la pointe Saint Georges pour voir les lamantins qui n’ont pas pointé le bout de leur nez-trompette. L’accueil des pêcheurs est très sympathique « bienvenue en Casamance », « - besoin de quelque chose ? – oui des crevettes » et c’est avec une bonne poêlée de gambas à la mayonnaise que nous parcourons les 20 derniers miles pour Ziguinchor.



Les routards de la mer sont toujours contents de retrouver un peu de confort , et l’hôtel Kadiandoumagne nous réjouit avec sa piscine, son wifi qui émet jusqu’au mouillage et ses boissons fraîches. Les marchés de Ziguinchor nous permettent enfin de refaire un bon plein de produits frais. C’est la saison des mangues, un véritable régal.
Petite promenade touristique à la ferme des crocos de Djibelor. Nous avons de la chance car c’est l’heure du repas : poissons frais et chat écrasé au menu. Certains se précipitent, d’autres semblent s’endormir en mastiquant. C’est drôle un crocodile, ça semble affamé et il peut cependant rester plusieurs mois sans manger. Il suffit d’observer leurs rares mouvements au repos pour comprendre qu’il ne dépensent pas plus de quelques calories par jour.

Djilapao, tu iras par les eaux :
Maintenant bien renseignés et habitués à la navigation fluviale, nous pénétrons dans les petits bolons, les yeux rivés sur le sondeur, en rasant les palétuviers à l’extérieur des virages. Au passage, nous tirons un pêcheur, Esprit, oui, c‘est bien son prénom ! Il revient au village à la rame avec ses pains de glace depuis Ziguinchor dans sa pirogue taillée dans un tronc de fromager.
Le calme de Djilapao nous séduit instantanément. Petit village de cultivateurs de riz, accessible uniquement à pied ou en pirogue. Les rôniers et les baobabs bordent la plage et ils sont toujours quelques villageois à venir travailler au frais au pied des arbres en discutant : les uns fabriquent des paniers, les autres ouvrent les huîtres ou filtrent le sel.

Nous descendons à terre pour rencontrer Cirak, septuagénaire en forme qui habite la case située en face du bateau, notre voisin en somme. Il nous raconte le problème de l’eau au village, car il n’y a ni puits, ni impluvium. A Katama, le quartier voisin, à dix minutes de marche, on récupère l’eau de pluie dans une grande citerne et le village utilise cette eau toute l’année. Ciriak nous parle de l’exode rural : les enfants partent à la ville pour l’école et ne reviennent chez eux que pour les vacances, les jeunes adultes partent à Dakar ou à Ziguinchor pour trouver du travail. Il ne reste alors au village que les touts-petits et les anciens. C’est à la saison de l’hivernage (saison des pluies, pendant notre été) que tout le monde revient pour la culture du riz.
Désiré nous fait visiter la case à étage de son oncle, entièrement décorée par des sculptures en terre peintes. Il nous raconte les anecdotes de chaque tableau avec beaucoup d’humour et de charisme.

Le lendemain, en allant vers Katama, nous marchons à travers les rizières avec Ignace, qui nous présente son village et sa famille, Jeanne d’Arc, sa femme et Hélène-Florence, et Stéphane, ses enfants. Sa maison est en terre avec un toit de paille sans eau ni électricité. Il élève quelques bœufs, des poules. Il est satisfait de sa situation, car il a essayé sans succès de trouver un travail à Dakar avec son brevet de tourneur. Nous passons avec eux de très bons moments avec de nombreux échanges très riches au sujet de la vie en Casamance.



Ignace nous fait goûter ce savoureux fruit que nous ne connaissions pas, les pommes de Cajou, fruit de l’anacardier.


















Jeanne d’Arc nous invite aux communions de ses neveux au village d’Affiniam, situé à 20 minutes en annexe et 45 minutes de marche. C’est un grand bourg avec 5 quartiers, au milieu d’une forêt de manguiers et de fromagers de 30 mètres de haut. Une grande fête qui commence à l’église, continue chez les sœurs, puis dans la famille, à manger et boire le vin de palme, puis dans une autre famille.... Et ça danse et ça rigole en buvant plus qu’il n’en faut le fameux bounouk.







On repart avec des mangues et plein de remerciements.


L’école publique du village d'Affiniam accueille environ 400 enfants avec un effectif de 40 par classe (il semblerait que certaines classes peuvent atteindre 100 enfants à Dakar). Les instituteurs sont souvent en débrayage car il sont peu payés ou reçoivent leur salaire en retard. Les élèves seraient heureux d’avoir des « jumeaux » en France et nous faisons le premier pas pour un jumelage avec l’école de Vallorcine. A eux de continuer en correspondant par courrier postal, car ici, pas d’électricité encore moins internet.

Descente de la Casamance et touchette:
Après un petit avitaillement à Ziguichor, on redescend le fleuve Casamance avec la marée descendante. Il nous faudra trois marées pour y parvenir en évitant le courant contraire.
Deux escales donc, dont une dans un minuscule bolon au coeur de la mangrove. La tranquillité est assurée, nos voisins sont un couple de pélican et la seule visite est celle d’un pêcheur venu à la nuit tombante, récupérer son filet. La deuxième escale est plus animée devant le village des pêcheurs de la pointe Saint Georges (ou Sozor). Les dauphins passent devant le bateau, tournent autour des viviers et font même peur aux pêcheurs en sautant à deux mètres de leurs pirogues.
Lorsque nous arrivons à proximité de Karabane, le bolon d’Elinkine se présente à nous et Yves décide de tenter d’y entrer pour trouver un mouillage abrité. La passe n’est pas évidente car elle se situe dans un large delta. Le sondeur indique que les fonds remontent, on tente malgré tout d’avancer, pensant trouver un seuil. En réalité, nous sommes sur un banc de sable et voilà notre première touchette ! Demi-tour au moteur. Nous allons mouiller devant le village de Karabane, dans trois mètres d’eau.

Paco de Karabane :
A l’entrée du fleuve Casamance, l’île de Karabane est coupée du monde depuis que le ferry n’y fait plus halte. C’est un ancien village colonial avec une église et un cimetière.

















C’est aussi un village de pêcheurs avec quelques équipements hôteliers.
Diaz nous invite à prendre le thé. Après, il partira pêcher au milieu du fleuve avec sa pirogue à la rame. Il espère que le vent ne sera pas trop fort.






Et partout dans le monde, le grimpeur trouve son bonheur : le fromager est un terrain de jeu idéal.


















C’est ici que Paco de Karabane, le célèbre tailleur local, nous confectionne une nouvelle tenue pour le capitaine du navire.

On ne reste que deux jour à Karabane, car le vent est fort à l’entrée du fleuve. Ce mouillage ne nous plaît guère : on se fait mouiller à chaque sortie en annexe.


Kachouane, le bolon à la mode...

Nous choisissons le bolon de Kachouane plutôt que le bolon d’Elinkine pour continuer. C’est un peu compliqué cependant : un banc de sable barre l’entrée du bolon et nous devons faire un détour à tribord pour longer ensuite la plage de la pointe Nikine à 15 mètres. Yves retrouve ses souvenirs du Golfe du Morbihan dans cette eau agitée par les courants.
Nous ne croisions plus beaucoup de bateaux en dehors de la capitale, Ziguinchor. A Ebounkout, nous trouvons un mouillage très fréquenté à 15 minutes de marche du village Kachouane. Aucune construction autour de nous, seulement une paillote pour la faim et la soif et une douche à l’eau du puits, le grand luxe.

Ehidj, le farniente
A Ehidj, nous nous retrouvons à nouveau le seul bateau habité du mouillage, nous sommes également dans un décor de rêve, à deux coups de pagaie de la plage devant un petit bar-restau.
Nous apprécions tellement le calme de cet endroit, que le farniente nous envahit. Nous sortons de notre torpeur pour un petit carénage et un coup de main à la réfection d’une toiture pour Yves. Julie, de son côté, va ouvrir les huîtres avec Rose.
Nous profitons d’une pirogue pour nous rendre à Cap Skiring par Katakalousse. En manque de ouèbe, nous voulons surtout trouver un point internet pour prendre la météo, car nous comptons remonter bientôt sur Dakar. C’est l’occasion de découvrir cette industrie balnéaire avec son club med et ses boutiques à toubabs. La plage est belle, le reste ne vaut pas le détour.

Une virée à Oussouye
Nous voici revenus à Kachouane et nous retrouvons de nouveaux bateaux. Un petit thé sur Kermodanève et nous décidons de partir le lendemain pour Elinkine en annexe. Guy nous recommande de prendre les gilets de sauvetage car c’est obligatoire et la police veille. Nous partons tôt et nous débarquons 3 miles plus loin, devant le campement d’Elinkine. Depuis cette ville, nous prenons un bus collectif qui traverse la brousse sur les pistes défoncées.
Les trous et les bosses donnent la nausée à une vielle dame et nous faisons une petite halte pour l’aider à reprendre ses couleurs.

Au retour, nous faisons du bateau-stop sur le bateau des Shadoks qui retournent au mouillage de Kachouane. Camille, Manu et leur gros chien naviguent sur un petit bateau de 8 mètres, comme nous, et il y a aussi un accordéon à bord.

Kachouane, on tue le cochon...
La veille de notre départ, un banquet sénégaulois est organisé par Emma et Loïc de Kalanag. A midi presque pile, le cochon est tué, découpé et cuit à la braise par Simon qui nous accueille dans sa paillote.
Après un bon repas tous ensemble, les jembés et les accordéons chantonnent et nous buvons le bounouk.

Retour à la case Dakar
Devant la difficulté que nous avons à quitter la Casamance, nous restons une journée de plus à Kachouane.
Au lever du jour, nous levons l’ancre et quittons Ebounkout. Au moteur, nous descendons le bolon à contre-courant. La passe d’entrée n’est pas agitée mais nous avons notre dose d’adrénaline lorsque le sondeur marque deux mètres sous la quille. Nous avons raté une bouée, c’est normal !
Le vent d’ouest puis nord–ouest est très léger et la pétole nous oblige à rallumer le moteur à plusieurs reprise. La nuit, nous affalons les voiles en attendant la risée qui n’arrive qu’après le lever du soleil. Dans ce petit vent, la pêche est bonne : après deux bonites dans la journée, on remonte la ligne. Le soir à 21 heures, nous ne sommes qu’à 20 miles de Dakar, nous tirons au près des bords carrés à cause du courant de marée. Et puis c’est à nouveau pétole et moteur. A 4 heures du matin, nous posons l’ancre au mouillage du CVD.
A Dakar depuis une semaine, nous préparons le bateau et l’avitaillement pour le retour vers les Açores les prochains jours. C’est bientôt l’été, les hirondelles remontent vers le nord.

5 mai 2008

Slalomant dans le Saloum

Le dédale des bancs de sable
Départ de Dakar un après-midi de pétole, on attrape vite ce qu’il faut comme vent pour avancer en sortant de la baie de Hann. Devant l’île de Gorée, nous testons notre régul’ sénégalais et constatons qu’il a la tête dure, il vire à tribord et ne sait pas garder un cap !
Après une nuit de navigation, nous traversons un champ de casiers et de filets avec ses rondes de pêcheurs en pirogues, c’est l’occasion de reprendre goût au slalom.
En vue de Djifer, nous suivons les instructions et longeons la côte à 50 mètres, car le banc se situe à l’extérieur de la passe. Quand le sondeur nous indique seulement 70 cm d’eau sous la quille, nous retenons notre souffle et attendons que les fonds remontent. Le château d’eau que nous avions pris comme repère n’était pas le bon...


Nous mouillons à Djifer et cherchons à comprendre le fonctionnement des marées. Nous observons la danse du bateau qui suit le courant, dans un sens, dans l’autre, au dessus de son ancre... Ce n’est pas le vent qui nous oriente mais le courant des marées. C’est ainsi que nous nous retrouvons balancés au vent de travers : la gîte au mouillage, ça n’améliore pas le confort...

Nous choisissons de remonter le fleuve en prenant la marée montante jusqu’à Foundioungne avec une pause à Girndha pour éviter les courants contraires de la marée descendante, environ 25 miles, où nous suivons les bouées qui marquent le chenal.



Sur le fleuve Saloum, nous naviguons à la voile ou au moteur suivant l’orientation du vent. Christal croise de magnifiques pirogues, elles aussi à la voile ou au moteur. Nous arrêtons parfois ces pêcheurs en pirogue pour leur acheter du poisson.


Bain de folklore sénégalais
Ici peu de bains dans l’eau, nous regrettons les eaux cristallines du Cap Vert. Il n’est en effet pas facile de se baigner dans le fleuve Saloum : eau saumâtre, boueuse, courant fort qui nous nager sur-place, il est préférable de ne pas s’arrêter pour rester près du bateau.

C’est donc auprès des villageois que nous prenons notre « bain de culture locale ».


A Ginrdha, nous goûtons pour la première fois à l’excellent pain cuit au feu de bois. A Foundioungne, nous sommes invités à prendre le thé par Kéba pendant la séance de tresse des femmes de la famille. Sœurs, mère, cousines, tantes de Kéba, elles bavardent à nos côtés, à l’ombre dans la cour où sont rassemblées leurs demeures. Nous sommes assommés de chaleur et dégustons ce thé avec plaisir après plus d’une heure de
préparation, le protocole est assez long...
Kéba nous amène en charrette à Mbam pour le tournoi de lutte. C’est le sport national au Sénégal. Après de multiples rituels et tours de pistes, les athlètes s’affrontent deux par deux au rythme du djembe, encouragés par les chants des femmes.


Les enfants ont les yeux qui pétillent à notre arrivée dans un village.
Nous sommes rapidement au centre d’une émeute de petits riant et nous appelant de leur voix aiguë « toubab ! toubab ! ». Ils nous réclame des cadeaux. Sachez qu’ici, les pots de yaourt vides retrouvés dans notre poubelle sont un véritable trésor.

Au village de Gagué, nous sommes accueillis par une famille de paysans.
Passage au puits, où on attend le troupeau à l’ombre d’un baobab.


Association des femmes du village qui pilent le mil pour remplir la cagnotte et se payer de jolies tresses.

Nous sommes invités manger le tiboudienne dans deux maisons à la suite. Sieste sous le manguier avec le chef de famille, les enfants... Pascal nous fait part de son rêve d’immigration : il est paysan et aussi chauffeur mais ne trouve pas d’emploi. On nous offre des mangues et nous repartons, en charrette : ici, l’hôte raccompagne son invité !

Au cœur de la mangrove


Pour les promenades dans les petits bolons, rien de tel que la pirogue, avec ses 30 cm de tirant d’ea
u, elle passe partout (enfin presque !). Nous sillonnons la mangrove depuis Dionouar jusqu’à Niodior, labyrinthe végétal et aquatique. Lamine nous enseigne comment pêcher la carpe rose, la pêche est bonne et nous pouvons ensuite la savourer en grillades au pied du baobab sacré sur la plage de Niodior.




Tel un repas du dimanche en famille, après le trou normand, alors que tout le monde a le ventre plein, on nous apporte le poulet yassa, un véritable délice, comment ne pas refuser ! Pour le dessert, noix de coco fraîchement cueillies sur l’arbre par un enfant du village. Ici les invités ne repartent jamais le ventre vide.








Au retour à marée basse nous nous échouons sur un banc de sable et poussons la pirogue sur à peu près 100 mètres pour retrouver du fond.

A l’approche de la saison des pluies, la chaleur devient de plus en plus intense. Nous sommes venus chercher le soleil, nous l’avons. La température monte jusqu’à 38°c dans le bateau. L’après-midi, nous dégoulinons en restant immobiles, nous bronzons à l’ombre et même notre peau ultra-bronzée arrive encore à prendre des coups de soleil.

Bientôt la Casamance où il fait encore plus chaud, avant de reprendre la route vers le nord.









13 avril 2008

La vie africaine

Au revoir Tarrafal pour le Sénégal...



Nous quittons Tarrafal et le Cap Vert le cœur gros. Heureusement, la météo est favorable avec un vent de travers pour une route qui s’envisage habituellement au près. Deux jours de pétole nous permettent d’apprécier le charme de la navigation hauturière, nous trouvons que la vie à bord encore plus calme que certains jours dans les mouillages capverdiens.
Nous savourons un beau poisson inconnu, dont voici sa photo, si quelqu’un peut nous aider à l’identifier...
Nous nous retrouvons à plusieurs reprises accompagnés par des bancs de dauphins, un véritable festival avec sauts et danses improvisées.






Bonjour Dakar !

Nous arrivons à Dakar par un vent plus fort, avec une entrée au près musclée dans la baie, à tirer des bords entre l’île de Gorée et les cargos. Finalement, mal réveillés, on se décourage et on allume le moteur pour les trois derniers miles. Nous arrivons à Hann plage pour mouiller devant le CVD (cercle de voile de Dakar). Accueil chaleureux, la navette pilotée par Elaj’ nous mène à terre et après une bonne douche, nous dégustons le tiboudienne et le mafé avec nos amis navigateurs Olivier et Erwan qui sont aussi arrivés de Tarrafal une semaine avant nous. Une bonne gazelle, bière locale nous envoie rapidement à la sieste !




Nous apprenons la patience...

C’est très vite le désenchantement, il y a un rythme à prendre que nous ne connaissions pas.
Pour commencer, les formalités administratives d’entrée sont compliquées, nous passons dans trois bureaux différents et sommes pénalisés par les jours fériés : naissance du prophète, Pâques, les musulmans et les chrétiens ne nous facilitent pas la tâche !

Passons sur les détails techniques de la pose d’un régulateur d’allure (navik), soit un pilote automatique mécanique, qui fonctionne grâce à la force de l’air et de l’eau. Cet appareil a été totalement remasterisé à la mode africaine. Effectivement, l’engin, emballé comme un neuf avait déjà cédé quelques pièces à des navigateurs nous ayant précédé. Le soudeur qui nous vendait ce rossignol, a donc dû fabriquer lui-même les pièces manquantes, ce qui a nécessité plusieurs jours de travail... au rythme africain évidemment ! Car le travail est toujours effectué pour le lendemain. Nous sommes naïfs et nous revenons bien sûr le lendemain. Hélas ! C’est encore « demain toubab » ! Encore quelques efforts pour Yves qui confectionne des fixations dans le minuscule coffre arrière.

En attendant papiers et régul’, nous supportons mal la pollution : la mer reçoit les égouts, les odeurs du débarcadère nous donnent la nausée, la circulation est dense et chaque jour Dakar devient un énorme embouteillage.



L’harmattan vient lui aussi s’ajouter au tableau, il est présent tout le temps (désolés pour les photos brumeuses pourtant prises par beau temps), mais se montre parfois plus intense. Il suffit de deux jours d’une poussière épaisse pour recouvrir d’un beau sable rouge les parties au vent du bateau : pont, haubans, drisses, panneau solaire.

Prenons du bon temps ...
Dakar est une bonne escale pour l’avitaillement : marchés bien fournis, supermarchés avec des produits européens, car il y a certains produits dont nous ne savons pas encore nous passer, en particulier le chocolat...
Nous apprenons les secrets du commerce sénégalais avec en particulier des expressions à ne pas manquer : ça commence par « tu es mon ami » ou bien « tu es mon frère ». Après cette approche, comme on fuit toujours, on entend « c’est juste pour le plaisir des yeux » ou « si tu n’achète pas, tu resteras mon ami ». Toujours réticents, on nous lance « c’est tombé du camion, ben oui, nous aussi on a des camions », « bon prix pour toi mon ami ». Ils méritent vraiment tous leur brevet de force de vente ou plutôt de « vente forcée ».
Au CVD, nous trouvons tout le confort nécessaire : navettes de bateau au ponton, douches, eau, atelier, internet... Nous retrouvons comme dans les marinas une micro-société de marins : on se croise à la voilerie, au bar, dans la navette. Et ça parle bateau par ci et ça parle bateau par là. Et quand on en a assez de parler bateau, on chante des chansons de marins.
Les plats servis sur place pour 500 Fcfa soit moins d’un euro nous pousse à céder au luxe de manger au restaurant tous les midis.

Au fil du temps, nous apprécions aussi la douce vie d’ici : manger des mangues, des papayes, être bercés par le chants des prières, admirer les milans, les pélicans, les pirogues, les femmes en boubous, profiter de l’animation omniprésente au dehors et du calme à l’intérieur du bateau.


Le 4 avril, jour de la fête de l’indépendance, nos papiers sont en règle, le bateau est prêt, nous remontons l’ancre pour aller à Djifer à l’entrée du fleuve Saloum. Il nous reste deux mois pour découvrir les fleuves Saloum et Casamance, ensuite, nous devrons quitter le Sénégal pour revenir en Europe.

13 mars 2008

Les Sotavento (îles sous le vent)

De Tarrafal à Tarrafal
Départ l’après-midi de l’île de Sao Nicolao pour une petite navigation de 80 miles : nous quittons la ville de Tarrafal pour celle du même nom sur l’île de Santiago, au sud.
Tarrafal signifie Terre Finale, c’est un peu comme notre Finistère à nous. Il en existe au moins 3 au Cap Vert.
C’est pendant cette navigation de nuit au vent de travers que nous découvrons un nouveau bruit sur Christal, « la cloison qui chante ». En effet, la cloison qui sépare le carré de la soute avant, la seule cloison du bateau, s’est désolidarisée en son milieu et elle oscille en suivant le roulis du bateau.
Au petit matin, nous entrons dans la baie de Tarrafal, il y a trois voiliers au mouillage. Au deuxième essai, nos deux ancres sur nos 30 mètres de chaîne, sont bien posées sur le sable à 8 mètres de profondeur. Il faut dire qu’avec le vent qui souffle ici, nous avons augmenté la taille de notre mouillage, tout est là.
Enfin arrivés, surgit la deuxième mauvaise surprise : le pont est fendillé sur l’insert de la cadène avant. Cette fois-ci, nous devons entreprendre de sérieuses réparations, Yves est formel, nous ne pouvons pas naviguer ainsi, c’est donc ici que nous ferons les travaux.



Chantier-mouillage
Heureusement, nous tombons sur une nouvelle bonne étoile, Vivien, un lutin de Pagure, un voilier de 14 mètres en CP époxy. Il est justement du métier et nous propose non seulement son aide, mais aussi ses outils magiques : groupe électrogène, disqueuse, défonceuse... Son diagnostique, c’est une faiblesse du pont due à une infiltration d’eau autour des réparations de l’hiver dernier. Il faut tout enlever sous 3 des cadènes et consolider la zone.
Il nous manque juste de la résine époxy, et après de nombreuses pérégrinations, nous devons nous rendre à l’évidence : pas d’époxy sur cette île ! Ceci nous oblige à prendre la difficile décision d’ouvrir des trous plus larges pour supprimer l’époxy existant et pouvoir utiliser de la résine polyester.
Cinq jours de chantier au rythme du groupe électrogène, de la disqueuse et aux odeurs de résine. Le chantier-mouillage c’est fantastique, on termine souvent la journée par une partie de chasse-plongée et un savoureux repas de poisson !



Les escapades



Le chantier se termine et Vivien part pour Dakar. Quelques jours plus tard, nous sommes le dernier voilier au mouillage. De notre côté, il est encore trop tôt pour naviguer (la résine doit sécher 15 jours) et nous en profitons pour nous dégourdir les jambes. Après deux balades sur Santiago, nous nous rendons sur l’île de Fogo.







Pour commencer il nous faut prendre un aluguer pour Praia. C’est un mini-bus de 15 places qui n’a pas d’horaires et qui part quand il est rempli. Nous traversons l’île du nord au sud en franchissant deux massifs montagneux et escarpés sur une route pavée.
Praia, la ville la plus africaine du Cap Vert, avec ses marchés et sa saleté, son animation et son charme de ville coloniale, que nous avons le temps d’apprécier, car le ferry ne partira qu’à minuit et non à midi comme Julie l’avait compris au téléphone, pas facile de se comprendre en créole anglo-français !
Nous en profitons pour courir d’un bureau à l’autre pour les démarches douanières car nous quittons bientôt le Cap Vert.


La nuit dans le ferry et nous voici à Sao Filipe sur l’île de Fogo. Un autre aluguer pour Cha das Caldeiras et nous voilà à la pension la plus renommée du Cap Vert, tenue par Patrick, un français bien sympathique.





Le lendemain, nous nous levons à l’aube, nous ne sommes pas là pour rigoler, mais pour gravir le plus haut sommet du Cap Vert, le Pico de Fogo qui culmine à 2829 mètres. La plus récente coulée de lave date de 1995. Tout est noir, nous avançons sur une arête, et doublons la cordée allemande et ensuite la cordée espagnole, toutes deux accompagnées par un guide capverdien.



Evidemment, nous n’avons pas pris de guide, nous sommes déjà équipés ce qui ne nous empêche pas de perdre le chemin à deux reprises. Au sommet, rapide coup d’œil au cratère, profond de 300 mètres, pique-nique et nous nous lançons à grande vitesse dans une descente terrible, dans les scories volcaniques dans lesquelles on enfonce jusqu’aux mollets et qui nous rappelle la neige. Cette pente a déjà été skiée et surfée.









Une petite sieste l’après-midi et à l’heure de l’apéro, nous goûtons le fromage et le vin local, chez Ramiro, le café du village qui n’a pas l’électricité et qui propose chaque soir un petit concert.
Le lendemain, nouvelle promenade en forêt cette fois, avec 1400 mètres de descente, en compagnie d’un couple de septuagénaires très dynamiques qui nous font profiter de leur taxi pour rentrer à Sao Filipe. Nous sommes tous bien fatigués et lyophilisés à l’arrivée.
Le retour se fait en avion car les ferrys ne naviguent pas tous les jours. Nous avons hâte de retrouver le bateau qui est resté cinq jours seul, néanmoins surveillé par Tessa, une amie française qui habite face à la baie. Tout est là, rien n’a bougé et nous nous préparons à partir à Dakar.